Karl
Chalumeau est un Français de 29 ans, papa de Cloé, une petite
fille de 22 mois. Karl a la SEP (initiales de sclérose en plaques
en France) depuis février 1999. Ne pouvant continuer d’exercer
son métier d’ambulancier à cause de la maladie, il
s’est réorienté et suit une formation pour devenir
animateur socio-éducatif auprès des jeunes.
Comment
as-tu appris que tu avais la SEP ?
J’ai
été hospitalisé pour une névrite optique (problème
de vision). À l’hôpital, ils m’ont fait des tonnes
d’examens : ponction lombaire, scanner, etc., mais ça n’a
rien donné. Ils m’ont orienté vers l’IRM (imagerie
par résonance magnétique) et là, « boom ! »
: sclérose en plaques. Le diagnostic a été établi
par le chef du service de neurologie mais il n’a pas voulu me donner
le résultat tout de suite.
Pourquoi
ne voulait-il pas te le dire tout de suite ?
Il pensait
que ça allait me perturber. Je lui ai demandé le compte-rendu
médical et c’est là que j’ai lu qu’il
ne voulait pas me dire la vérité. Il croyait que ça
allait être un petit peu trop de soucis pour moi, mais j’ai
voulu savoir la vérité.
Pourtant,
c’est la moindre des choses d’informer le patient, non ?
Oui, laisser
languir son patient comme ça et ne pas dire la vérité,
ce n’est pas très correct. Mais là, il y a des efforts
de faits sur la communication, sur les nouvelles méthodes d’enseignement
dans les facultés de médecine. Tous les médecins
ne sont pas comme ça, fort heureusement. On commence un petit peu
à changer, à évoluer, à faire évoluer
les choses. Je suis un petit peu en relation avec des étudiants
en médecine qui me disent qu’il y a des choses qui sont faites
concrètement sur la communication, sur la prise en charge psychologique
des malades. On commence à se remuer un petit peu.
Quand tu as
finalement reçu ton diagnostic, est-ce que tu as eu les informations
que tu voulais sur la SEP ?
Je connaissais
la maladie parce que j’ai étudié ça quand j’ai
fait mes études d’ambulancier. Mais les médecins n’ont
pas été très « causants ». Ils m’ont
seulement donné un vague aperçu. On a surtout parlé
du traitement. Par contre, il y a eu un colloque organisé avec
tout le public pour avoir de l’information sur la SEP et comment
faire pour vivre avec. Il y avait des familles, des enfants, des médecins.
Est-ce que
tu suis un traitement ? *
Oui. J’étais
sous Avonex une fois par semaine, mais je n’ai pas supporté
le traitement à cause des effets secondaires : grosses fièvres,
tremblements, douleurs articulaires, insomnie. Après, on m’a
mis sous Rebif. Je supporte beaucoup mieux le traitement, c’est
3 fois par semaine.
Comment
se passent tes traitements ?
J’ai
une infirmière qui vient me voir. Je ne suis pas capable de me
piquer tout seul encore. J’ai essayé une fois et j’ai
arrêté tout de suite. C’est plus chaleureux d’avoir
une infirmière qui te suit. Il y a une prise en charge humaine
qui est très intéressante. Quand elle me pique, je n’y
pense pas parce qu’on discute.
Est-ce
que ton infirmière connaît un peu la SP ?
Oui, elle a
aussi d’autres patients qui sont atteints de SP, mais des patients
beaucoup plus âgés, qui ont déjà de gros problèmes.
Quelle forme
de SEP as-tu ?
J’ai
la forme cyclique, j’ai eu deux grosses poussées. En mai
2001, ça m’a pris carrément le haut du corps. J’avais
des petits fourmillements, des picotements et un problème de coordination
des mains et d’insensibilité. Je ne pouvais plus prendre
un stylo et écrire. Après, ça s’est calmé,
puis en septembre 2001, ça m’a pris dans tous les membres
inférieurs, je ne sentais pratiquement plus rien. Ils m’ont
mis sous Solumédrol (sorte de médicament) et les symptômes
ont disparu.
Et
depuis, as-tu eu d’autres symptômes ?
Oui, des petits
problèmes de mémoire et une grosse fatigue.
Est-ce
que tu es informé sur ce qui se passe au niveau de la recherche
en France?
Non, je n’ai
pas d’information là-dessus. Quand je demande à mon
médecin, il n’est pas très bavard. Ce serait intéressant
que les médecins nous disent qu’il existe des revues, que
grâce à telle lecture on a des infos sur la recherche, etc.
Est-ce
qu’il existe un journal sur la SP en France ?
Oui, il y en
a un. J’étais abonné, mais je ne reçois plus
les numéros. Je vais me réabonner. Il y a donc quand même
de l’information.
Est-ce
que les associations de SP sont bien développées en France
?
Non, pas
vraiment. D’ailleurs, j’avais écouté une émission
à la radio il y a quelque temps où les gens appellent et discutent
avec une animatrice. Il y a eu une émission spécifique sur
la SP. Des gens parlaient du milieu associatif, mais c’était
encore un petit peu flou. Par
rapport à ta petite fille, comment comptes-tu lui en parler ?
Je vais lui
en parler avec une approche différente par rapport à son
âge. Dès qu’elle va être en mesure de raisonner,
je vais pouvoir lui en parler efficacement. Plus elle va avancer en âge,
plus je vais lui en parler avec un vocabulaire un petit peu plus précis.
Est-ce
que c’est quelque chose qui t’inquiète ?
Non, parce
qu’il ne faut pas lui en parler comme quelque chose de gravissime.
Il faut lui en parler comme une maladie qui n’est effectivement
pas bénigne, mais papa se soigne, papa va bien. Il ne faut pas
être dans la peur et dans l’angoisse par rapport à
l’enfant parce qu’il peut s’imaginer des tonnes de choses,
mais il faut rester franc. Dès que tu triches avec un enfant, il
va le savoir et avoir des angoisses. Ce n’est pas bon. Il faut lui
dire la vérité.
Est-ce que
tu serais à l’aise de parler de tout ?
Bien sûr,
mais je me réfèrerais un petit peu à la lecture de
votre magazine pour pouvoir recadrer les choses. Ça nous permet,
nous parents, de pouvoir en discuter avec l’enfant. On parle de
la maladie, certes, forcément ça peut l’inquiéter,
mais autour de ça, il y a des jeux intéressants et amusants
pour s’en détacher et pour comprendre la maladie avec un
petit peu plus de recul.
* Note : Il arrive
qu’un traitement ne fonctionne pas bien pour une personne. Cela
peut être le cas pour n’importe lequel des 4 traitements.
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