TÉMOIGNAGE DE BRIGITTE SIMON




Brigitte Simon habite à strasbourg en France.


Je suis la fille d’un père atteint par la sclérose en plaques. Cela fait 20 ans que le diagnostic est tombé. Aujourd’hui, j’ai 31 ans et je veux témoigner d’une chose : même si la SEP (initiales de sclérose en plaques en France) est invalidante, j’ai grandi au sein d’une famille heureuse !

J’avais 11 ans lorsque mes parents m’ont annoncé que papa avait une maladie incurable. Je me souviens très bien de ce fameux soir, où maman ajouta : « On ne sait pas vraiment comment la maladie va évoluer, mais on se débrouillera. Ça ira. » Depuis, j’ai été une enfant et une adolescente heureuse. Nous n’avons pas connu de rupture, de cassure, rien d’irrémédiable ni de définitif. Je ne veux pas tracer un tableau idyllique, car tout n’était pas rose, mais les trop rares vacances en bord de mer, l’argent qui faisait un peu défaut, ou l’image virile du père qui « prit un coup » lorsque sa démarche s’est faite plus hésitante, je place cela sur le plan du détail : toutes ces choses, je les ai vécues et ressenties, mais je ne les ai pas subies. Je n’ai jamais considéré papa comme une personne malade : l’image que je me fais de lui n’a pas changé.

Chaque SEP est différente et certaines sont plus lourdes que d’autres, mais je crois, en ayant suivi l’histoire de mon père, que c’est avant tout à la personne malade de trouver en elle-même des ressources pour lutter et limiter les effets de la pathologie. Si papa est aujourd’hui en phase stationnaire et que la maladie ne l’invalide pas trop (il marche toujours en s’aidant simplement d’une canne et a des difficultés d’élocution), c’est avant tout à lui même qu’il le doit. Le moral est essentiel dans l’évolution de la SEP. Ensuite seulement vient l’entourage, même si celui-ci joue un rôle primordial, en déchargeant la personne malade des soucis quotidiens et de l’intendance. C’est ce qu’a fait maman, qui a pris les rênes de la famille en main, en prévoyant, gérant, planifiant pour nous. Elle nous a protégés aussi, mes deux frères et moi, en nous tenant à l’écart des souffrances de papa, et en nous témoignant une double dose d’amour pour compenser le peu d’expression d’affection de papa, trop occupé à canaliser toute son attention dans son combat contre la maladie.

Aujourd’hui, je redonne ce message positif issu de mon vécu : SEP et bonheur peuvent cohabiter, si l’on veut bien laisser le second rôle à la maladie.

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