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Christine
Guérette est infirmière coordonnatrice de la clinique
de SP Neuro Rive-Sud à Greenfield Park (Montérégie)
depuis 2 ans. Nous l’avons rencontrée pour qu’elle
te parle de son métier d’infirmière auprès
de personnes atteintes de sclérose en plaques.
Pourquoi
as-tu choisi d’être infirmière ?
Ce
sont des circonstances qui ont fait que j’ai choisi ce métier.
Quand j’avais 10 ou 11 ans, j’ai été hospitalisée
11 jours. À ce moment-là, je me suis dit : « Je
vais travailler dans un hôpital ou je vais être infirmière
un jour. » En continuant mes études, j’ai pris l’option
santé et infirmière. J’ai étudié et
j’ai aimé ça. Des fois, il y a des choses qui nous
attirent, mais on ne sait pas exactement pourquoi. Ce sont peut-être
les expériences de mon hospitalisation qui ont fait que j’ai
choisi d’être infirmière.
Dans le
fond, depuis que tu es toute jeune, tu n’as jamais changé,
tu n’as jamais eu d’autres idées de métiers
?
Oui quand j’étudiais
comme infirmière au cégep, j’ai eu envie d’aller
en médecine. J’ai fait mes demandes en médecine, mais
je n’ai pas été acceptée vu les notes très
élevées que la médecine exigeait. On était
une année très forte au niveau académique. À
ce moment là, mon petit 80% ne faisait pas le poids à travers
les 90%.
Qu’est-ce
qui t’a amenée à travailler dans une clinique de SP
?
Quand j’ai
commencé comme infirmière, j’ai travaillé pendant
6 ans à l’Hôpital Sainte-Justine avec les enfants.
Par la suite, j’ai travaillé avec des mamans qui accouchaient.
J’ai aussi travaillé en CLSC avec différentes clientèles,
puis j’ai été conseillère en prévention
des infections dans un hôpital. C’est pendant cette période
qu’on m’a mentionné qu’il manquait une infirmière
pour la clinique de SP. J’ai demandé plus d’information
sur le poste, je trouvais ça vraiment intéressant, alors
j’ai postulé. J’ai passé plusieurs entrevues,
j’ai eu une formation d’une journée à l’Hôpital
Notre-Dame pour voir si j’aimais ça et finalement, j’ai
obtenu le poste.
À
ce moment là, j’imagine que tu avais des bases sur la sclérose
en plaques ? As-tu eu beaucoup de choses à apprendre ?
Oui beaucoup, parce que ce
que je connaissais, c’étaient des patients qui étaient
vraiment très, très atteints et qui étaient hospitalisés.
Donc pour moi, finalement, je ne connaissais rien de la maladie ou à
peu près. J’ai vraiment commencé à la base.
J’ai eu beaucoup de formations avec le neurologue et avec d’autres
infirmières. C’est sûr qu’en tant qu’infirmière,
on a quand même une formation générale. On connaît
la biologie, l’anatomie, on a un peu d’idées sur différentes
maladies, mais connaître la maladie comme je la connais présentement,
c’est beaucoup d’études et de lectures.
Comment
se passe une journée type de ton travail à la clinique ?
Quand j’arrive, je regarde
les dossiers et les messages téléphoniques que les secrétaires
m’ont remis. Puis, je prends les messages des patients sur ma boîte
vocale. Selon les messages, je décide ceux que je vais appeler
en priorité. Ce n’est pas parce qu’on m’a appelée
en premier que je vais nécessairement rappeler tout de suite. J’ai
aussi une liste de patients que les médecins me réfèrent
et que je dois appeler pour prendre des rendez-vous, soit concernant les
traitements ou bien un nouveau diagnostic. Dans ma journée, je
rencontre également des patients qui avaient déjà
un rendez-vous, et entre deux, je fais mes appels. Le téléphone
occupe 80% de ma tâche quotidienne.
En général, tu as combien de rencontres dans une journée
?
Ça varie. En général
j’ai au moins 3 rencontres par jour. Si c’est l’initiation
d’un nouveau traitement, ça me prend au moins 1 h 30. C’est
très long, mais il faut aussi y aller avec les capacités
des gens, car c’est très stressant. Il faut leur donner du
temps pour qu’ils puissent bien apprendre. C’est quand même
à vie qu’ils vont subir ce traitement là. Mais il
y a des rencontres qui vont durer seulement 15, 20 ou 30 minutes. C’est
certain que si un neurologue rencontre un patient et qu’il aimerait
que je le voie tout de suite, il va venir me voir dans mon bureau pour
me demander de le rencontrer. Donc ça ne compte pas dans mes rendez-vous
car ce ne sont pas des rendez-vous planifiés. Ils s’ajoutent
au fil de la journée. Par exemple, vendredi dernier, j’avais
3 patients prévus à mon agenda et j’en ai rencontré
3 de plus parce que le neurologue voulait que je les voie. Généralement,
j’ai 5 fois plus d’appels à faire que de patients à
rencontrer. Chaque appel peut durer 10, 15 ou même 30 minutes. Ça
dépend comment va la personne.
Est-ce
que tu as le temps de bien connaître chacun de tes patients ?
Oui, ceux que je vois, je prends le temps
de discuter et de répondre à leurs questions, mais il y
a beaucoup de patients que je ne vois pas. Il y a des cliniques de SP
où les infirmières voient tous les patients que le neurologue
rencontre. Idéalement, je devrais faire ça, mais comme je
suis à la clinique seulement 3 journées, si je faisais ça,
je n’aurais pas le temps de m’occuper de ceux qui ont le plus
besoin de moi.
Pourquoi
travailles-tu seulement 3 jours ?
C’est
par rapport au budget qu’on a à la clinique. Ils peuvent
se permettre une infirmière 3 jours par semaine seulement. Mais
c’est certain que si le budget était plus élevé,
ils auraient besoin de moi 5 jours par semaine. On est presque rendu à
700 patients dans notre clinique.
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Que fais-tu
les 2 autres journées ?
Je fais
de la recherche à l’Hôpital Charles-Lemoyne, entre
autres en sclérose en plaques et pour les ACV, (accidents cérébraux-vasculaires),
c’est en neurologie aussi. Je fais de la recherche avec les neurologues
avec qui je travaille à la clinique.
Qu’est-ce
que tu trouves le plus difficile dans ton travail ?
Ce
que je trouve le plus difficile c’est de n’être à
la clinique que 3 jours par semaine. Je travaille avec 8 neurologues,
donc chaque patient a un neurologue attitré. Si je ne suis pas
là la journée où le patient rencontre le neurologue
et qu’il souhaite me voir, ça entraîne des délais
pour aider le patient et c’est ça que je trouve le plus dur.
Est-ce
qu’il y a d’autres situations que tu trouves difficiles ?
Oui,
mais il faut être capable de prendre du recul même si c’est
parfois difficile parce qu’on aimerait faire plus pour nos patients.
Cependant, on ne peut pas tout faire pour eux. Il faut apprendre à
donner ce qu’on peut donner de mieux, c’est-à-dire
l’écoute. C’est très important pour eux de se
faire écouter.
Qu’est-ce
que tu aimes le plus dans ton travail ?
C’est
lorsque je revois des patients et qu’ils me disent que ça va
bien, qu’ils sont contents de la façon dont ils ont été
pris en charge et que ça les a aidés dans leur vie. Je pense
que c’est la plus belle partie de mon travail.
Quelles
sont, selon toi, les qualités nécessaires pour faire ton
travail ?
Il faut
être naturel, aimer ce qu’on fait et être à l’aise
de discuter des vraies choses de la vie. Il faut aussi être capable
d’écouter, d’analyser, d’être objectif
par rapport à la situation de chacun et ne pas rentrer dans leurs
problèmes. Il est important également d’avoir un bon
sens de l’observation car le non-verbal dit beaucoup de choses.
On doit être une personne-ressource et orienter les patients pour
qu’ils soient autonomes et capables de se prendre en charge.
Comment
fonctionne une clinique de SP ?
À la clinique, on a 8 neurologues.
Dr François Grandmaison est le neurologue attitré à
la sclérose en plaques. Quand les gens vont consulter un neurologue,
ils sont souvent référés par leur médecin
de famille. Le neurologue les envoie parfois faire des tests à
l’hôpital pour aider à diagnostiquer la maladie. Par
la suite, le neurologue me réfère le patient pour que je
le rencontre. Cela se fait individuellement ou par des rencontres de groupe
organisées par la Société canadienne de la sclérose
en plaques pour expliquer la maladie, les traitements, les aspects psychologiques
et les ressources disponibles. Il y a 4 rencontres pour les personnes
nouvellement diagnostiquées. Ce sont des rencontres de 2 heures
le soir parce que généralement ces personnes travaillent
le jour. Je donne 2 rencontres sur 4. La 3e c’est une psychologue
et la 4e c’est une personne qui travaille pour la société.
Ça ne fait pas partie directement de la clinique, mais c’est
très important parce que les gens peuvent avoir beaucoup d’informations
au niveau de la maladie. Ça me permet aussi de rentabiliser mon
temps. Au lieu de rencontrer une personne à la fois, j’en
rencontre peut-être 15 en même temps. En général,
les gens sont très satisfaits d’avoir ces rencontres. Il
arrive que je réfère des patients à des psychologues,
en physiothérapie ou en ergothérapie, et au CLSC pour certains
autres besoins. C’est sûr que l’idéal serait
que tout soit intégré dans une clinique SP. On devrait avoir
un neurologue, une infirmière, une psychologue, un physiothérapeute,
un ergothérapeute auprès de la clientèle pour la
rendre la plus autonome possible. Mais je travaille avec ce que j’ai
et je fais preuve de beaucoup d’imagination. Je travaille beaucoup
avec ma collectivité, avec tout ce qui m’entoure comme services
pour aider les gens.
Connais-tu
personnellement quelqu’un qui a la SP dans ton entourage ?
Oui, l’oncle de mon copain
a la SP depuis 10 ou 15 ans et il y a aussi une de mes amies dont le père
est atteint.
Est-ce
qu’il t’arrive de craindre d’avoir la SP ?
Oui, mais on dirait que ça s’atténue
avec le temps. Quand j’ai commencé, ça m’est
arrivé de me demander : « Mon Dieu, est-ce que j’ai
la sclérose en plaques ? » Par exemple, la fatigue, on sait
que c’est un symptôme assez important de la SP. Dans la vie,
on est souvent fatigué, mais c’est aussi un des symptômes
les plus fréquents de toutes les maladies. À ce moment là,
quand on est fatigué, on se pose la question. C’est sûr
qu’à l’âge que j’ai, je suis la parfaite
candidate puisque la maladie se déclare entre 20 et 40 ans. Mais
il faut être en mesure de se parler à soi-même et de
se rassurer. Et même si ça arrivait, je ne pourrais rien
y faire. Je suis maintenant capable de contrôler cette peur.
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