ENTREVUE AVEC JOHANNE PROULX


Johanne Proulx est atteinte de sclérose en plaques depuis 1983. Elle a une fille, Roxane, âgée de 13 ans. Ancienne professeure d’éducation physique, Johanne a décidé de combattre la SP grâce à l’activité physique, en dépit du fait qu’elle se déplace en fauteuil roulant. Nous te présentons cette femme pleine de détermination.




Depuis quand fais-tu du sport ?
En fait, j’ai toujours aimé le sport. Quand j’étais jeune, je voulais déjà être professeure d’éducation physique et c’est ce que je suis devenue. J’ai commencé à jouer au volley-ball à l’âge de 12 ans. Je l’ai pratiqué au cégep et à l’université, puis je l’ai enseigné.

Quand as-tu été obligée d’arrêter de travailler ?
En 1992, mais j’ai eu de la difficulté à finir l’année scolaire dès 1983. J’aurais aimé travailler en fauteuil roulant, mais ça n’a pas été possible.

As-tu continué à faire de l’activité physique malgré tout ?
J’ai arrêté pendant 4 ans, mais un jour, j’ai décidé que je n’allais pas passer ma vie à ne rien faire. J’ai alors commencé tranquillement à refaire un peu d’activité physique. J’étais tout le temps fatiguée, mais j’ai persévéré et aujourd’hui je suis moins fatiguée.

Quels sports pratiques-tu maintenant ?
Le volley-ball ! Dans le temps où j’ai dû arrêter de pratiquer ce sport, je jouais avec mon chum. Je me souviens lui avoir dit qu’un jour, on allait rejouer ensemble et c’est arrivé. Avec des amis, j’ai adapté les règles pour pouvoir jouer en fauteuil roulant et je suis en train d’écrire un livre afin de faire homologuer le volley-ball en fauteuil roulant.

Comment ça fonctionne ?
On joue à 4 contre 4 en fauteuil roulant, sur un terrain de badminton, avec un filet à une hauteur de 6’. On a, entre autres, le droit de faire 2 rebonds. On se pratique au Centre de réadaptation Lucie-Bruneau une fois par semaine en vue du Défi sportif qui a lieu à la fin du mois d’avril.

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Est-ce que toutes les personnes qui jouent avec toi ont la SP ?
Non, il y a des gens avec toutes sortes de handicaps. Il y a un garçon qui est hémiplégique (paralysé de la moitié du corps) qui m’a toujours impressionnée. L’année dernière, il m’a dit qu’il aimerait gagner la médaille d’or car son père venait le voir jouer et il voulait lui montrer ce dont il était capable. Je n’oublierai jamais le sourire de cet enfant après avoir gagné.

D’une certaine manière, le volley-ball est un retour aux sources, n’est-ce pas ?
Effectivement, je suis retombée dans mon milieu, ce que j’ai toujours aimé. C’est juste la situation qui est différente. Un jour, quand Roxane était plus jeune, elle est venue me voir et m’a dit : « Maman, maman, j’ai rêvé que tu courais plus vite que Donovan Bailey ! » J’ai répondu : « Tu sais, ma chérie, même quand maman était en forme, elle ne courait pas plus vite que Donovan Bailey ». C’était drôle !

Est-ce que tu fais aussi d’autres activités ?
Oui, je participe à l’école de la marche. D’ailleurs, ça m’aide pour le fauteuil roulant quand il m’arrive de tomber, car j’ai appris à relaxer et prendre mon temps. Je suis capable de me relever et de m’asseoir, et ce, sans me fatiguer. Avant, ça me fatiguait car je « stressais » et je n’avais plus d’énergie.

Est-ce que ça fait longtemps que tu utilises un fauteuil roulant ?
Depuis 1995, et ça m’aide beaucoup. Par contre, plus tu es en fauteuil, moins tu bouges. Alors, je fais l’effort de me lever, de marcher quand je le peux. Je pense qu’une personne qui reste tout le temps assise dans son fauteuil roulant a beaucoup plus de difficulté à faire de la réadaptation par la suite.

Qu’est-ce qui te motive autant ?
Quand tu aimes quelque chose et que tu veux continuer, tu trouves tous les moyens possibles pour réussir. Les spécialistes ne peuvent pas faire de miracles, il faut que la personne soit elle-même motivée. Je suis convaincue que l’exercice ralentit l’évolution de la maladie, et j’ai bon espoir que les chercheurs trouvent la solution.

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