Marie-Josée
Richard est atteinte de la forme cyclique (poussées-rémissions)
de la sclérose en plaques depuis qu’elle a 15 ans. Aujourd’hui
âgée de 27 ans, elle continue de mordre dans la vie à
pleines dents. Marie-Josée mène une vie très active.
Elle est notamment formatrice dans une compagnie de cosmétiques
et s’implique également comme bénévole dans
la plupart des événements organisés par la Société
de la SP.
Qu’est-ce
que la SP a changé dans ta vie ?
Quand
c’est arrivé, c’était la catastrophe. J’ai
reçu mon diagnostic à 18 ans, soit 3 ans après
les premiers symptômes. J’ai arrêté l’école
et je suis partie 5 semaines en Floride avec ma mère chez ma
grand-mère pour essayer d’accepter mon diagnostic. Je ne
comprenais pas ce que j’avais fait pour mériter cela. J’aimerais
comprendre ce qui s’est passé dans mon corps pour que ça
arrive. Mon plus grand regret serait de mourir sans connaître
les causes de la SP.
Quels ont
été tes premiers symptômes ?
Des
engourdissements dans les jambes, des pieds au nombril. Je suis allée
à Tadoussac avec une amie de ma mère. Là-bas, j’ai
eu les pieds engourdis. Je pensais que mes chaussures étaient
trop petites. En revenant, les médecins ont cherché à
savoir si je ne m’étais pas coincée un nerf en allant
en mer sur un zodiac à cause des soubresauts, mais ce n’était
pas le cas. Cette première poussée a duré 3 mois,
j’avais 15 ans.
Que
pensaient les médecins ?
Ils
pensaient que je prenais de la drogue sur une base régulière
et que je ne sentais plus mes jambes à cause de ça, ce
qui était complètement faux ! Je n’étais
pas prise au sérieux. Je retournais voir le médecin tous
les 6 mois, chaque fois que je faisais une poussée, mais il disait
toujours la même chose. Finalement, j’ai changé d’hôpital.
Ils ont demandé mon dossier médical à l’autre
hôpital et ils ont lu « possibilité de SP »,
mais le médecin ne me l’avait pas dit. Quand je suis retournée
le voir après avoir eu mon diagnostic, je lui ai annoncé
que j’avais la SP. Je lui ai dit : « Ça ne vous tentait
pas de chercher plus loin ? » Il m’a répondu : «
Regarde la douleur et la peine que tu as. Est-ce que tu aurais aimé
les vivre 3 ans plus tôt dans ta vie ? » Je lui ai répondu
: « L’incertitude, l’insatisfaction, l’espèce
de sentiment de ne pas être prise au sérieux, vous ne pensez
pas que c’était pire que ça ? Là, au moins,
je sais ce que j’ai et j’ai pris ça comme un soulagement.
On a trouvé ce que j’ai et ce n’est pas entre mes
deux oreilles. »
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Connaissais-tu cette maladie ?
Non,
pas du tout. Mon neurologue était anglophone et il avait un peu
de mal à parler en français. Quand il m’a expliqué
au début, je n’ai pas compris que j’avais la SP.
Je croyais que j’avais quelque chose qui ressemblait à
ça. Il me l’a répété et quand j’ai
enfin compris, ça a été la crise de larmes. Il
a pris du temps pour m’expliquer un peu ce que c’était,
puis l’infirmière est venue me voir et m’a donné
le numéro de téléphone de la Société
de la SP. J’ai reçu un paquet de documents sur la maladie.
Tout était plus clair. Le plus difficile, c’est que tu
lis les bons et les mauvais côtés. Il y a tellement de
facettes différentes dans la SP. Tu te dis : « Est-ce que
je vais avoir tout ça ? » J’ai appelé une
amie et son père qui sont médecins. Ils m’ont mieux
expliqué tout ça.
Comment
a réagi ta famille ?
Ma
mère était en état de choc total. Mon père
n’était pas capable de me parler parce qu’il avait
trop d’émotions. Mon frère ne pleurait pas, mais
il y avait de la douleur dans ses yeux. Le plus dur, c’est de
vivre avec le mal des autres. Mes parents sont malheureux de ce qui
m’arrive et sont inquiets de ce qui va se passer dans le futur.
Par contre, je pense qu’ils sont fiers du fait que je me suis
retroussé les manches et que j’ai décidé
de faire quelque chose au lieu de m’apitoyer sur mon sort.
Et tes amis
?
Il
y a des gens qui ont arrêté de venir me voir. Mes vrais
amis étaient ceux qui voulaient comprendre la maladie et qui
n’avaient pas peur d’en parler. Beaucoup de mes amis ont
fait du bénévolat. Je pense que les gens autour de moi
voient les personnes handicapées différemment parce que
ça pourrait m’arriver.
Quelle était
ta nouvelle vision de la vie ?
Mon
inquiétude était que j’avais 18 ans, que j’allais
être en fauteuil roulant et que ma vie serait complètement
différente de celle des autres filles de mon âge. C’est
vrai que j’ai une vie différente. Mes priorités
sont ailleurs. Je savais que j’allais me fatiguer plus vite que
les autres et qu’il fallait que j’évite le stress.
J’avais l’impression d’être un mauvais investissement
pour un gars. Ça lui donnait quoi d’être avec moi
? Encore aujourd’hui, j’ai ce sentiment. Sachant ce qui
peut m’arriver, est-ce qu’un gars peut accepter d’être
avec moi ? La SP vient avec moi. Ma mère me dit de ne pas le
dire. Mais comment va-t-il le prendre si ça fait 12 ans que je
suis avec quelqu’un et que j’ai une poussée sans
lui avoir dit que j’avais la SP ? Maintenant, je suis plus apte
à savoir si le gars que je rencontre a la maturité pour
accepter ma maladie. Ça ne prend pas seulement beaucoup d’amour,
mais aussi beaucoup de maturité.
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Tes loisirs
ont-ils beaucoup changé ?
Oui,
avant, je faisais beaucoup de ski et de la course, j’ai dû
arrêter. J’aime encore faire du sport, mais je ne prends
pas vraiment le temps pour en faire quand je vais bien. J’ai trouvé
satisfaction dans d’autres choses. Je me suis impliquée
davantage dans des activités intellectuelles et sociales.
Où
en étais-tu dans tes études quand tu as appris que tu
avais la SP ?
J’étais
au cégep, je voulais devenir enseignante en littérature.
Je travaillais aussi à temps partiel chez Yves Rocher et j’aimais
beaucoup ça. Après le diagnostic, je n’avais plus
l’intention d’aller à l’école parce
que j’avais l’impression que ma vie était finie.
En Floride, j’ai réfléchi à ce que j’aimais
dans la vie, et en revenant, j’ai commencé un DEP en esthétique.
J’ai eu mon salon pendant 6 ans, et ensuite j’ai obtenu
un poste d’enseignante.
Aimes-tu
ton travail ?
Oui, j’aime tout ce que je fais. Je n’ai pas l’impression
de travailler. C’est ça le cadeau que la vie m’a
donné avec la SP, je ne fais pas ce que je n’aime pas.
J’ai appris à dire non. Je me dis que si la semaine prochaine
j’ai une grosse poussée et que je ne peux plus rien faire,
au moins je pourrai regarder en arrière et me dire que j’ai
fait tout ce que j’ai pu.
Comment
évolue ta maladie ?
J’ai
la forme poussées-rémissions, mais j’ai toujours
eu une rémission complète après mes poussées.
Je me remets complètement chaque fois. Après mon diagnostic,
mes poussées se sont espacées. J’ai commencé
la médication, ça a pu aider.
Quelle médication
as-tu prise ?
J’ai
fait partie d’un groupe d’étude. Malheureusement,
le médicament provoquait des symptômes chez certaines personnes.
Tout a été arrêté. Après, j’ai
pris Avonex, puis Betaseron. J’ai pris Avonex parce que c’est
une piqûre intramusculaire par semaine parce que je n’étais
pas capable de la faire moi-même, une infirmière me la
faisait. Mais ça devenait compliqué car je ne pouvais
pas travailler après. Je croyais être capable avec Betaseron,
mais ça n’a pas été le cas, alors j’ai
arrêté tout ça. J’ai « embarqué
» dans un autre groupe d’étude. C’est à
la Société que j’en ai entendu parler par l’infirmière
Josée Poirier de l’Hôpital Notre-Dame. Je suis maintenant
avec Dr Pierre Duquette depuis 1 an et demi.
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Que dirais-tu
à une personne qui vient de recevoir son diagnostic ?
Arrête
de regarder tout ce que tu ne peux plus faire. Fais-toi des projets.
Je crois que certains ne se donnent pas la peine. Ils sont malheureux
parce qu’ils sont seuls et ils sont seuls parce qu’ils ont
une attitude de perdant. Je suis convaincue que si j’ai plein
de monde autour de moi, c’est parce que je n’essaye pas
d’avoir l’air malheureuse et de m’apitoyer sur mon
sort.
Est-ce qu’il
t’arrive de penser au handicap ?
Je
sais que ça peut m’arriver. Je dois profiter du fait que
tout va bien pour l’instant. Si je devais me réorienter,
j’ai des idées de ce que j’aimerais faire de ma vie,
mais je n’ai pas trouvé ça du jour au lendemain.
Je sais que si ça arrive, ça va être difficile,
mais je vais avoir autre chose qui va démarrer. Si j’avais
le choix entre passer une vie complètement superficielle ou bien
de vivre la vie que j’ai présentement et avoir la SP, je
préfère avoir la SP. Je regarde des gens se ruiner la
santé et leur temps pour des choses inutiles, pour des futilités.
Malheureusement, il y en a plein qui ne comprennent pas ça. Je
regarde les filles de mon âge et elles ne sont pas conscientes
de l’importance de la santé. Ce n’est pas que je
suis meilleure, mais j’ai eu un cheminement de vie différent.
J’ai eu de la chance d’avoir compris que la vie était
fragile.
Aimerais-tu
avoir des enfants ?
Quand
j’ai été diagnostiquée, on m’a dit
que la grossesse n’était pas recommandée. Quand
j’ai su ça, j’ai mis un gros X là-dessus.
Mais, maintenant, les spécialistes disent que cela n’est
pas nécessairement relié. Si tu es dû d’avoir
une poussée, tu vas en faire une quand même. Cependant,
je ne pense pas avoir des enfants. Ce n’est pas dans mes projets
ni à court, ni à long terme. De toute façon, je
n’ai pas trop le temps ! Avoir un enfant, c’est toute une
responsabilité. Il faut que tu t’occupes de lui. Je pense
à toutes les activités que j’ai faites avec mes
parents, je me demande si je pourrais lui offrir tout ça. J’aimerais
être certaine d’être avec un homme qui non seulement
va prendre ses responsabilités de père, mais aussi, va
compenser pour moi si je ne vais pas bien. C’est une réalité
que je ne peux pas contourner. Cet homme extraordinaire, je ne l’ai
pas encore rencontré.
Comment
t’impliques-tu à la Société de la SP ?
Je
fais du bénévolat. J’en faisais déjà
avant d’avoir la SP. J’ai plus d’intérêt
pour les choses pour lesquelles je ne suis pas payée. Je fais
des animations pour le Marathon de Lecture. Je participe à plusieurs
événements de collectes de fonds. J’aime ces événements
car les gens qui sont bénévoles sont contents d’être
là. Je fais également des entrevues pour parler de la
SP.
Que dirais-tu
aux jeunes dont un parent a la SP ?
Fais
comprendre à tes parents que tu es conscient de tout ce qui se
passe et que tu n’es pas juste là pour aider dans les corvées
ménagères, mais que tu comprends pourquoi tu le fais.
Si tu as du mal à le vivre au quotidien, parles-en, tu trouveras
ça moins difficile. Tu te rendras compte que tes vrais amis vont
te supporter et rester, même si tu ne peux pas toujours aller
jouer avec eux. Il ne faut pas fuir la SP car elle va finir par te rattraper.
C’est un fardeau, mais ce n’est pas la fin du monde.
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